NE PROFESSION DE FOI
Un artisan pratique l'art de l'ébénisterie, la menuiserie ou autre, mais j'estime qu'il n'est pas un artiste.

Je puise beaucoup dans le côtoiement des collègues. Je n'ai pas de concurrent. Nous pratiquons un art difficile et exigeant. On l'interprète tous différemment même sur un thème identique.
Notre métier dépend de nombreux paramètres :
- D'abord, l'approche du projet et la relation privilégiée avec le client pour créer une relation de confiance.
- Ensuite l'engagement de l'équipe dans la maîtrise du processus complet de fabrication : du croquis aux plans, de la réalisation en atelier à la pose.
La maîtrise d'une discipline telle que la nôtre demande oubli de soi et investissement complet dans une sorte d'ascèse.
Se mettre au service des clients sans être asservi, et s'asservir soi même, n'est pas perdre sa personnalité. D'ailleurs c'est dans le travail du bois finalisé par le résultat que la personnalité se révèle et souvent malgré nous !
La fabrication sur mesure nous oblige à une perpétuelle remise en question, et de fait nous apprenons et découvrons sans cesse.
Le savoir intellectuel acquis en formation et apprentissage (étapes de fabrication, règles de construction, connaissance des matériaux …) se double d'un savoir manuel, physique.
Le savoir manuel selon moi, c'est plutôt apprendre à maîtriser les quatre membres jusqu'au bout des ongles « comme un art martial ! », c'est faciliter la relation du cerveau aux mains assurée par le reste du corps.
En ébénisterie, la pensée précède le geste ! D'ailleurs, « qui siffle en traçant pleure en posant »…
Le métier et son environnement sont tellement vastes cela donne une notion de l'infini.
NE DÉMARCHE
L'artisanat, c'est se réaliser au travers des ouvrages que l'on nous commande : chaque demande nous fait nous remettre en question et découvrir une part cachée de nous mêmes.
La réalisation est une aventure qui passe par une relation de confiance étroite avec le client.
Souvent cela n'est même pas abordé c'est de l'ordre de : là ou « le regard ne porte pas ».
Notre métier c'est s'adapter et faire démonstration de notre savoir-faire avec juste mesure, mais sans en rester là !
Il y a là une notion de dépassement de soi : plus un artisan est capable, plus il développe l'imaginaire du client et donc sa demande, et imagine lui-même une réponse originale et appropriée aux clients.
La communication devient communion autour du projet. Pour cela j'emmène les clients voir ailleurs pour au moins savoir ce qu'ils ne veulent pas. Cela précise l'étendue de leurs aspirations.
L'artisan malgré lui a un rôle d'éducation : il est l'acteur incontournable du quotidien dans l'indispensable jusqu'au superflu.
Plus on apprend, plus l'exigence s'éveille sans rendre prétentieux : les sens affutés font une clientèle demandeuse de travaux plus fins.
Se développe alors une sensibilité pour mettre des mots sur des désirs et faire réaliser sans trop d'appréhension quant aux résultats.
Intervient alors le savoir-faire de l'ébéniste : croquis, plans, explications, délégation des tâches, définition de l'espace d'expression de chacun au sein de l'équipe, tout va dans le sens du respect du caractère de l'ouvrage commandé par les clients, et conçus pour eux.
Tendre vers l'exigence d'un travail de qualité, appliquer de règles définies, choisir les contraintes reste un défi constant !
Mon grand plaisir réside dans des détails dont le client découvrira l'existence bien après notre départ, tout au long du regard porté ou de l'utilisation de l'ouvrage.
Pour un projet même simple et/ou modeste nous mettons toujours avec la même ardeur « la machine à cogiter en marche ».
Mes premiers travaux livrés ce fut un crève-cœur tellement je travaillais avec « mes tripes », maintenant je suis toujours engagé mais plus détaché et surtout pas indifférent !!!!
Nous avons besoin de travailler pour nous, et des fois selon les clients, nous le leur disons !
Ils sourient, pour eux c'est un gage de résultat.
Quand les clients ne sont pas d'accord, je provoque malgré moi une discussion passionnée.
Il m'arrive fréquemment d'emmener les clients dans un sens ou je sais qu'ils ne veulent pas pour déterminer la ligne de conduite que nous allons prendre ensemble. Au moins s'ils ne savent pas ce qu'ils souhaitent, ils savent ensuite ce qu'ils ne désirent pas.
Je vise toujours au-dessus pour la prestation. Nous allons au-delà de la demande pour les projets qui nous tiennent à cœur.
Les clients découvrent tout au long du regard posé des détails que nous n'avons pas signalés.
Je pense que la présence du bel ouvrage élève l'esprit…